L’adoption de nouvelles technologies à grande échelle exige un manuel didactique traduit

Redigé par Elvis Nibomari
Le 10 septembre 2011 à 03:43

Le large bande (broadband), la connectivité, les logiciels et leurs applications, etc. Les conférenciers se relayaient à tour de rôle, ce jeudi, sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).
Kigali a accueilli le Forum des Jeunes et la commission Broadband. Cet événement a permis à cette commission, créée en 2010, de promouvoir l’utilisation de NTIC surtout dans les pays en développement.
Qu’on le veuille ou non, l’avenir du monde moderne passe par l’adoption des NTIC (...)

Le large bande (broadband), la connectivité, les logiciels et leurs applications, etc. Les conférenciers se relayaient à tour de rôle, ce jeudi, sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).
Kigali a accueilli le Forum des Jeunes et la commission Broadband. Cet événement a permis à cette commission, créée en 2010, de promouvoir l’utilisation de NTIC surtout dans les pays en développement.

Qu’on le veuille ou non, l’avenir du monde moderne passe par l’adoption des NTIC (attention mis sur internet). Mais les technologies ne se font pas accepter tout naturellement. 

Présentement, dans les milieux urbains, les gens vivent aisément avec internet. Les cybers cafés sont des endroits fréquentés. Là-bas, jeunes comme vieux consultent les emails, s’informent, postent, écoutent, regardent, téléchargent dépendamment de la vitesse de la connexion.
Certains exercices sont devenus plus rapides. Les services publics tels que l’enregistrement, les services de l’immigration et émigration sont excessivement rapides actuellement, les transactions bancaires, etc.

C’est une révolution. Malgré cela, ceux qui y participent, (ceux qui maitrisent au moins une ou plusieurs langues internationales avec les moyens financiers d’accéder à cette technologie) sont encore moins nombreux. Ils sont en nombre insuffisant pour que cette technologie ait son impact escompté notamment « la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) », selon le rapport 2010 de la commission Broadband.

Le transfert des technologies face à une barrière linguistique considérable

Le forum Broadband de Kigali prêche plus d’accès à la technologie pour toutes les couches de la société. Selon le concept de la commission Broadband, la société moderne doit passer par la connectivité afin de réduire la faim, la pauvreté, assurer l’éducation des enfants entre autres objectifs du millénaire pour le développement. Un chemin qui passe par le partage des contenus informatifs et éducatifs circulant sur le web.

Toutefois, ce concept se heurte à un sérieux problème de langue dans le cas du Rwanda. Hormis le manque d’infrastructures suffisantes, la forte concentration des langues étrangères dans les contenus du web écarte le simple citoyen rwandais du sens de cette technologie. Dans un pays où 80 % de la population s’occupe de l’agriculture, toutes les techniques champêtres sont publiées en anglais ou en français sur le web. Les divers ministères ont ouvert des portails sur la toile. La non connaissance de l’anglais décourage le visiteur. Ce dernier hésite de continuer à surfer de peur d’endommager les « ibyuma by’abazungu » (que l’on pourrait traduire par les outils des étrangers).

Parmi les adeptes citadins des NTIC, la maitrise d’une langue internationale est une condition sine qua none pour adopter la technologie.
« Mon cher, tu va visiter Google en kinyarwanda ? » demande un de mes collègues abasourdi par la question de savoir s’il est suffisant de surfer en connaissant uniquement la langue du pays des milles collines.

Carlos Slim Helú, l’homme le plus riche du monde cette année selon le magazine Forbes co-dirige avec le président Kagame la commission Broadband

Les NTIC en Kinyarwanda, c’est possible

C’est pourtant possible. La nouvelle tendance prouve que des sites (à majorité des sites d’informations) ayant des contenus en kinyarwanda reçoivent par jour plus de visites des gens qui à peine savent lire. La technologie devient tellement pratique et moins complexe du jour au lendemain. Cette expérience montre que le contenu local est plus attirant pour la simple raison qu’il est compris. Mais cela ne suffit pas.

Faut-il encore qu’il soit riche, spécifique, recherchée et praticable au Rwanda. Eduqués ou non, à quelques exceptions près, les gens n’aiment pas dépenser pour « une perte de temps ». Ils ont faim des contenus riches susceptibles de faire avancer leur vie, leur façon de vivre… de travailler. C’est une faim qui se lit sur les visages et qu’on peut déceler lors de nombreux interactions téléphoniques sur les radios populaires. Avec la vision 2020, l’envie d’être riche hante la majorité des Rwandais. Ils ignorent comment s’enrichir. Ils veulent savoir quoi faire.

Pourtant à chaque fois que l’occasion se présente de commenter, les plus évolués critiquent le manque de goût pour la lecture chez les Rwandais. Mais parfois j’ai l’impression que le jugement est trop radical. Y-a- t il assez intéressant à lire en Kinyarwanda qui cadre avec le 21ème siècle ?

Certes, la création d’un contenu riche est chère. Voire très chère. Raison pour laquelle, il faudrait que les acteurs politico-économique acceptent d’investir dans la qualité des contenus sans considérer le retour automatique sur les investissements.
Il faut également un plan stratégique pratique et réalisable de création de contenu riche et local tenant compte des priorités par rapport à la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement.

Les créateurs de contenus riches peu motivés

Pour la plupart de décideurs politiques, le Rwanda accuserait un manque de professionnels locaux dans l’industrie créative. Une accusation qu’il faut relativiser. La création d’un contenu en Kinyarwanda, bien qu’elle serve à un plus grand nombre de Rwandais, elle a tendance à être reléguée au second plan au point de vue considération et rémunération. Les auteurs talentueux -phagocytées par les réalités économiques- préfèrent le rentable à l’utile. « Si on est capable de produire dans une autre langue internationale, ça ne sert à rien de se casser la tête pour le Kinyarwanda » dixit Professor Nigga, artiste et enseignant à l’Université Nationale du Rwanda. 

De même, s’il ya une carence de professionnels, est-ce que les plus adaptées à la situation seraient les gens qui se qualifient dans des langues étrangères (lors de leur formation) avec des théories étrangères ?
A mon avis, ce n’est pas la main d’œuvre qui manque, mais plutôt une certaine planification claire sur la manière d’intégrer les TIC au village. 
Désormais, outil de communication incontournable, le large bande (broadband) doit quand même passer par une fusion avec d’autres formes de communications traditionnelles. A priori, il faut l’existence planifiée d’un mariage NTIC - radio dans les villages.

Par exemple, pour des contenus jugés importants, il faut prévoir lors de l’élaboration des plans de communication une qualité supérieure de conception, de production et de diffusion traduite par des rémunérations supérieures et des exigences professionnelles. Si les personnes qui comprennent augmentent, plus l’impact sera grand. Sinon, les OMDs ne peuvent pas être réalisés uniquement par les gens qui actuellement sont capables de lire ou parler français ou anglais au Rwanda. D’abord, ils sont très peu nombreux. Ensuite, ils ne sont pas dans la catégorie qui souffre le plus de la faim, la pauvreté, l’ignorance, l’injustice, etc.

Investir principalement en Kinyarwanda

A l’heure qu’il est, il me semble que nous sommes enthousiastes par rapport à l’introduction des technologies. Ce qui est tout à fait correct. Mais après les cérémonies, les choses sérieuses doivent commencer. Comment profiter de chaque technologie qui nous tombe dessus. Pour rappel, nous ne sommes pas capables de courir derrière toutes les dernières technologies. D’autres pays développés sont encore plus en avance et ils n’ont pas fini d’innover. Ils ont leur rythme, mais nous aussi pouvons exploiter ce que je considère comme déjà assez de technologie pour en extraire une qualité typiquement rwandaise.

Certainement qu’il faut encourager les jeunes générations à apprendre d’autres langues –mondialisation oblige. Cependant, les acteurs politico-économiques doivent promouvoir les applications technologiques en Kinyarwanda.

Même si j’ai toujours entendu chez mes amis informaticiens que « le Kinyarwanda n’est pas compatible au langage de la technologie » je pense que c’est faux. Si l’ordinateur a eu son équivalent en Kinyarwanda, même les autres applications peuvent trouver des noms. La nomenclature enrichit la langue, mais c’est un service consommateur du temps, d’énergie et de l’argent. L’homme d’affaire privé ne voit pas nécessairement l’avantage d’investir dans un produit qui ne lui rapportera pas le mois suivant. Mais qu’en est-il de l’Etat ? Si l’affaire est soigneusement étudiée et exécutée, les NTIC seront la vie de tous les Rwandais. Sinon, le forum Broadband serait un autre sommet à Kigali, très fatigué pour monter sur le reste des mille collines.

A mon avis, les NTIC ne sont qu’un outil, il faut donner le manuel d’utilisation au rwandais. S’il vous plait, messieurs dames il nous faut un manuel traduit.

Photo : Introduits vers les années 2000, les cyber cafés sont devenus comme de petits magasins


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