Le pape François s’inquiète de la montée d’un « climat de guerre » dans le monde

Redigé par Le Figaro
Le 8 juin 2015 à 10:27

Le mot ‘paix’ « rencontre sans cesse les oppositions de l’homme et du malin », a rappelé François devant les fidèles rassemblés dans le grand stade Kosevo de Sarajevo. En visite samedi dans la ville symbole de Sarajevo, le pape a une nouvelle fois évoqué la « troisième guerre mondiale » qui se déroule actuellement selon lui « par morceaux », en encourageant comme jamais « le dialogue » entre ethnies, cultures et religions. Sans quoi, assure-t-il, la « barbarie » et ses « hurlements fanatiques de haine » (...)

Le mot ‘paix’ « rencontre sans cesse les oppositions de l’homme et du malin », a rappelé François devant les fidèles rassemblés dans le grand stade Kosevo de Sarajevo.

En visite samedi dans la ville symbole de Sarajevo, le pape a une nouvelle fois évoqué la « troisième guerre mondiale » qui se déroule actuellement selon lui « par morceaux », en encourageant comme jamais « le dialogue » entre ethnies, cultures et religions. Sans quoi, assure-t-il, la « barbarie » et ses « hurlements fanatiques de haine » l’emporteront.

À Sarajevo la guerre est terminée depuis vingt ans mais le pape François qui y accomplit ce samedi un voyage pastoral a insisté à deux reprises sur le « climat de guerre » qui domine le monde actuel. Lors d’une homélie - prononcée devant 60 000 personnes qui lui ont réservé un accueil très chaleureux dans le grand stade Kosevo baigné de soleil - François a ainsi rebattu le thème de la « troisième guerre mondiale livrée par morceaux » qu’il dénonce souvent depuis l’automne dernier.

D’où l’enjeu, a-t-il noté, « du mot ‘paix’ », thème central de ses cinq discours du jour. « C’est un mot prophétique par excellence » a-t-il assuré mais il « rencontre sans cesse les oppositions de l’homme et du malin ». Car certains « veulent créer ce climat de guerre et l’attiser délibérément » en cherchant notamment « l’affrontement entre différentes cultures et civilisations » quand d’autres « spéculent sur les guerres pour vendre des armes. »
On aperçoit sur les collines les stèles blanches de cimetières récents

La guerre, pourtant, a-t-il observé en prenant directement la foule à témoin car « vous l’avez expérimenté ici » signifie « des enfants, des femmes et des personnes âgées dans les camps de réfugiés » et « la dislocation des forces avec des maisons, des rues, des usines détruites ». Déplorant, après un court silence : « Elle signifie surtout beaucoup de vies brisées ». De fait, depuis les abords du stade, on aperçoit sur les collines, les stèles blanches de cimetières récents et qui semblent trop pleins…

Depuis la symbolique Sarajevo le pape, soucieux, a donc lancé, un appel pour lequel il a été fortement applaudi : « que de cette ville se lève encore une fois aujourd’hui le cri du peuple de Dieu et de tous les hommes et les femmes de bonne volonté : jamais plus la guerre ! ».

Il a alors encouragé la foule présente à ne pas être seulement des « prêcheurs de paix » - qui sont souvent des « hypocrites ou des menteurs » - mais des « artisans de paix » qui y travaillent concrètement « en semant la paix par leurs actions quotidiennes, par des attitudes et des gestes de service, de fraternité, de dialogue, de miséricorde… ». Car, a-t-il conclu « La paix est oeuvre de la justice. Non une justice déclamée, théorisée, planifiée… mais la justice pratiquée, vécue ». Sans cette dimension et sans « la réconciliation de chacun avec Dieu » assure-t-il, « nous tombons dans un moralisme illusoire ».

Dans la foule, Anita Susnja, 16 ans, élève infirmière, est satisfaite « son message de paix est très important pour nous car il faut aider la paix. Certains, dans d’autres religions, n’en veulent pas. Cela peut devenir dangereux. Avec un tel message la situation peut s’améliorer ». Niro, 50 ans, qui a connu la guerre, confirme : « Nous avons beaucoup souffert. Nous avons vraiment besoin de soutien pour consolider la paix et construire la démocratie. » Matej Nedic, 35 ans, jeune médecin venu spécialement de Croatie pour cette messe ajoute : « l’appel du pape pour la paix ne va pas forcément changer les choses concrètement mais il favorise la paix sur le plan spirituel ». L’enjeu conclut sœur Ljubica, une cinquantaine d’années, également témoin de la guerre, « ce sont les jeunes qui veulent partir parce qu’ils ne voient pas ici un avenir ouvert ».

Dans cette ligne de « justice » et devant les autorités politiques du pays qui l’accueillaient à sa descente d’avion, François a demandé un effort concret du gouvernement en faveur des croates catholiques sans les nommer toutefois. Mais le cardinal Vinko Pujlic, archevêque de Sarajevo se plaint publiquement de voir les catholiques ne pas bénéficier des mêmes droits effectifs : « l’égalité effective de tous les citoyens devant la loi et dans son application est indispensable, a donc souligné le pape, quelle que soit leur appartenance ethnique, religieuse et géographique ».

« la Bosnie-Herzégovine est partie intégrante de l’Europe

Anticipant le « climat de guerre » évoqué pendant la messe, François, devant le même auditoire, a publiquement appelé l’Union européenne à prendre ses responsabilités pour ce pays - candidat à l’entrée dans l’UE - pour qui l’Europe devrait montrer davantage de « proximité ». En effet, a noté, le pape « la Bosnie-Herzégovine est partie intégrante de l’Europe ; ses succès et ses drames s’insèrent de plein droit dans l’histoire des succès et des drames européens, et ils constituent en même temps un sérieux avertissement à réaliser des efforts pour que les processus de paix engagés deviennent toujours plus solides et irréversibles. »

François, effectivement inquiet pour la stabilité du monde et se présentant à Sarajevo comme un « pèlerin de la paix et du dialogue » a ainsi situé l’enjeu de cette visite : « Dans cette terre, la paix et la concorde entre Croates, Serbes et Bosniaques, les initiatives destinées à les accroître davantage, les relations cordiales et fraternelles entre musulmans, juifs et chrétiens, revêtent une importance qui va bien au-delà de ses frontières. Elles témoignent au monde entier que la collaboration entre diverses ethnies et religions en vue du bien commun est possible, qu’un pluralisme de cultures et de traditions peut subsister. »

Sans quoi, a-t-il prévenu, c’est la « barbarie » et « la haine » qui vont l’emporter : « Pour nous opposer avec succès à la barbarie - qui voudrait faire de toute différence l’occasion et le prétexte de violences toujours plus féroces - nous avons tous besoin de reconnaître les valeurs fondamentales de la commune humanité ». En vue d’un « chant noble et harmonieux, au lieu de hurlements fanatiques de haine. »


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