Famille, couples remariés… Le pape François bouscule l’épiscopat français

Redigé par L'Obs
Le 15 décembre 2014 à 01:07

Le "fossé gigantesque" entre le discours du clergé et l’opinion des pratiquants se double d’un autre désaccord, entre l’épiscopat conservateur français et le souverain pontife.
Pape François entouré des cardinaux alors qu’il arrive pour visiter St François d’Assises le 4 octobre 2013. (AP Photo/Filippo Monteforte, Pool)
Sortie de messe, un matin de novembre. La basilique Saint-Martin d’Ainay est remplie de fidèles, comme à chaque office. C’est là, sur la presqu’île de Lyon, que se niche l’un des (...)


Le "fossé gigantesque" entre le discours du clergé et l’opinion des pratiquants se double d’un autre désaccord, entre l’épiscopat conservateur français et le souverain pontife.

Pape François entouré des cardinaux alors qu’il arrive pour visiter St François d’Assises le 4 octobre 2013. (AP Photo/Filippo Monteforte, Pool)

Sortie de messe, un matin de novembre. La basilique Saint-Martin d’Ainay est remplie de fidèles, comme à chaque office. C’est là, sur la presqu’île de Lyon, que se niche l’un des bastions catholiques les plus conservateurs de France. La volonté du pape François de tenir compte des nouvelles réalités familiales et son souhait que l’Eglise accueille davantage les divorcés remariés, les concubins et les couples homosexuels n’y font guère l’unanimité. Chantal, 90 ans, foulard mordoré : "S’il n’y a plus de sanction, cela risque d’augmenter les séparations." Marie-Hélène, 75 ans, mise en plis grise :

Que les divorcés accèdent aux sacrements de l’Eglise ? Impensable. Ce serait hostile aux premiers conjoints."

En octobre, trois dimanches de suite lors de la messe, le père Eric de Kermadec, prudent sur le sujet, a "prié pour le synode sur la famille" qui se tenait alors à Rome. Et sur les bancs de la basilique romane, la plupart des paroissiens sont aujourd’hui soulagés que la doctrine de l’Eglise plusieurs fois centenaire reste intangible et que les articles sur les divorcés remariés et les couples homosexuels n’aient finalement pas été adoptés par les évêques, au Vatican, tout au moins lors de cette première étape.

"Il manquait une voix théologique dans les propositions", tranche un proche de l’archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, qui fut, l’an dernier, la figure de proue des anti-mariage pour tous.

Un épiscopat hexagonal pas si ouvert

Le pape François, élu au moment où des centaines de milliers de catholiques défilaient contre l’union homosexuelle, serait-il en décalage avec une partie de l’Eglise de France ? "Au synode, l’épiscopat hexagonal ne s’est pas illustré par son ouverture d’esprit", indique Christian Terras, rédacteur en chef de "Golias Hebdo", magazine progressiste sur l’Eglise catholique.

Lors de son discours introductif, André Vingt-Trois, archevêque de Paris et coprésident du synode, s’est même interrogé sur la communion donnée aux couples qui ont recours à la contraception. Et Tony Anatrella, prêtre du diocèse de Paris, psychanalyste, qui faisait partie des conseillers chargés de préparer les travaux, est connu pour ses positions réactionnaires.
L’homosexualité est "une immaturité foncière de la sexualité", a-t-il notamment déclaré par le passé.

"L’ampleur des manifestations contre le mariage pour tous et la quinzaine d’évêques conservateurs, très médiatiques, à Paris, Lyon, Toulon ou Bayonne, ne sont pas représentatifs de l’Eglise de France", nuance le journaliste Philippe Clanché, auteur de ’Mariage pour tous, divorce chez les cathos’ (Plon). "La grande consultation lancée par le pape auprès des fidèles avant le synode a montré le fossé gigantesque entre le discours de l’épiscopat et l’opinion des pratiquants."

Les résultats, restés confidentiels, du questionnaire diffusé fin 2013 montreraient effectivement qu’une majorité de catholiques souhaite que les divorcés remariés accèdent aux sacrements de l’Eglise. Et déjà beaucoup de prêtres, surtout les plus âgés, ceux de la génération Vatican II, font communier les divorcés et les homosexuels sans demander l’autorisation à leur hiérarchie.


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