Des Islandais rejoignent un culte néo-païen pour échapper au fisc

Redigé par Igihe
Le 27 décembre 2015 à 08:17

En quelques semaines, plusieurs milliers d’Islandais ont rejoint un culte néo-païen, le zuisme, basé sur les croyances de l’antique civilisation sumérienne. Mais cette conversion rapide et massive à ce culte oublié a surtout pour objectif de critiquer et contourner la taxe religieuse qui sert à financer les Eglises reconnues par l’Etat.
Un aigle à tête de lion, vieux de plus de 4 000 ans, est devenu en quelques semaines un des dieux les plus populaires d’Islande. Alors que les adeptes de Zu étaient (...)

En quelques semaines, plusieurs milliers d’Islandais ont rejoint un culte néo-païen, le zuisme, basé sur les croyances de l’antique civilisation sumérienne. Mais cette conversion rapide et massive à ce culte oublié a surtout pour objectif de critiquer et contourner la taxe religieuse qui sert à financer les Eglises reconnues par l’Etat.

Un aigle à tête de lion, vieux de plus de 4 000 ans, est devenu en quelques semaines un des dieux les plus populaires d’Islande. Alors que les adeptes de Zu étaient moins d’une dizaine début 2015, plus de 3 000 Islandais se sont soudainement convertis début décembre à cette religion jusque-là délaissée. C’est désormais 1 % d’une population de 329 000 habitants qui s’est tourné vers cette antique divinité.

Mais la raison principale du succès fulgurant de ce culte n’est pas d’ordre religieux. Elle est avant tout contestataire. Comme indiqué sur son site officiel, l’objectif affiché de l’organisation, qui prône par ailleurs la liberté de croyance, est de pousser le gouvernement « à abroger toute loi qui accorde aux organisations religieuses un privilège, financier ou autre » et à supprimer « le recensement confessionnel des citoyens ».

Taxe religieuse

Ce que les zuistes visent plus spécifiquement, c’est l’abolition du sóknargjöld. Cette taxe religieuse impose au contribuable islandais de payer chaque année une redevance destinée à financer les cultes reconnus par l’Etat, au nombre de 40. Or, les Islandais, qui doivent déclarer leur religion, sont soumis à cet impôt même s’ils sont athées ou agnostiques.

« Il n’y a pas moyen d’y échapper. Ceux qui ne déclarent pas une religion ou appartiennent à une religion non reconnue par l’Etat paient juste plus d’impôts », s’indigne Sveinn Thorhallsson, un porte-parole zuiste, interrogé par le quotidien britannique The Guardian. Afin de contourner un système qu’ils estiment injuste, les responsables du mouvement promettent donc de « redistribuer équitablement la redevance annuelle entre tous les membres de la congrégation  ».

Protestation, religion ou niche fiscale ?

Reconnue par l’Etat depuis 2013 et, de fait, bénéficiant de cette redevance, l’organisation zuiste prévoit donc de reverser à ses fidèles les fonds ainsi perçus, qui devraient s’élever, au total, à près de 240 000 euros l’année prochaine. De quoi indigner certains responsables politiques, dont Stefán Bogi Sveinsson, du Parti du progrès (Fram), qui considère que le culte devrait être retiré des listes. Dans une tribune, il estime que « personne n’a rejoint l’organisation pour le zuisme en lui-même », rapporte le magazine islandais The Reykjavik Gravepine.

« Soit ils l’ont fait pour se mettre de l’argent plein les poches, soit pour protester contre la législation sur les organisations religieuses », insiste ce conseiller de la municipalité de Fljótsdalshérað. « Qu’est-ce qu’une véritable organisation religieuse et comment mesure-t-on la croyance ? » rétorque Sveinn Thorhallsson, qui souligne par ailleurs que certains nouveaux convertis s’intéressent réellement à cet ancien culte. « Il y a eu une cérémonie, avec la lecture de poèmes sumériens et nous en prévoyons une autre », confie-t-il au Guardian.

Séparation de l’Eglise et de l’Etat

La polémique n’est pas anodine. Elle participe d’un débat plus large sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans le pays. Car selon la Constitution islandaise, l’Eglise évangélique luthérienne, la confession majoritaire, qui rassemble près de 80 % de la population, « est la religion d’Etat en Islande, et, en tant que telle, doit être financée et protégée par l’Etat ».

Or, dans une enquête de l’institut Gallup datée de septembre 2015 et publiée par RUV, le service public d’information islandais, 55 % des sondés se disaient favorables à la fin de ce système, soit une progression de 5 % par rapport à l’année précédente. La congrégation zuiste, elle, promet de se dissoudre une fois ses objectifs atteints.

avec RFI


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