Retro 2007 : Christian Quesnot : un général très politique

Redigé par Antoine Glaser/ Le Point.fr
Le 2 février 2018 à 03:53

Le journal francais Le Point met le 25 janvier 2007 sous les feux de la presse un general francais, Christian Quesnot avec ses combines et ses reseaux francafricains. L’entreprise de genocide des Tutsi du Rwanda n’est pas loin de ses preoccupations.


Biarritz, novembre 1994. L’ombre du Rwanda plane sur le dernier sommet franco-africain de François Mitterrand. Un soir, en bas du grand escalier qui mène aux suites présidentielles du Grand Hôtel, tout le monde s’écarte : Edouard Balladur, Premier ministre, avance à grandes enjambées pour monter dans ses appartements.

Dans le hall, près d’une colonne, un général cinq étoiles, massif, droit, le crâne rasé, reste au milieu du passage, poursuivant sa démonstration de politique africaine.

Balladur est quasiment obligé de le bousculer pour passer. Ce général, c’est Christian Quesnot, chef d’état-major particulier du président de la République. Atypique, ce fils de mécanicien, saint-cyrien et ingénieur civil des Ponts et Chaussées, devenu l’un des plus brillants militaires de sa génération, ne craint personne.

D’avril 1991 jusqu’à son départ dans le secteur privé en octobre 1995, le général Quesnot sera le deus ex machina de l’armée française outre-mer. François Mitterrand lui confie des missions politiques dans les pays africains les plus sensibles : le Tchad, la République centrafricaine, Djibouti... et le Rwanda. Homme de réseaux, il se retrouve en 1993, dans la foulée de l’arrivée d’Edouard Balladur à Matignon, au centre d’un dispositif d’une grande efficacité. Au ministère de la Coopération, il a placé son adjoint, le général Jean-Pierre Huchon, comme chef de la mission militaire de coopération. Michel Roussin, ex-gendarme, ancien directeur de la DGSE, vient de prendre la tête du ministère, rue Monsieur. Il a fait ses classes de capitaine avec Christian Quesnot. Solidarité de frères d’armes. Au ministère de la Défense, le colonel Michel Rigot. Ancien patron du 1er régiment parachutiste d’infanterie de marine (Rpima), poste où il a précédé Jean-Pierre Huchon, il suit les dossiers africains au cabinet du ministre.

Quesnot, Huchon, Rigot, les trois hommes sont issus de l’infanterie de marine, la « colo », le corps par excellence des « Africains ». Ils ont tous baroudé dans les bases françaises du continent noir. Jean-Pierre Huchon a même commandé, de 1979 à 1981, la 31e brigade parachutiste zaïroise. Ainsi, contrairement à d’autres acteurs de la politique africaine - en éternelle bisbil- le -, Christian Quesnot opère de l’Elysée dans une chaîne de commandement solidaire et sûre. Est-ce à dire qu’une phalange de militaires a mené sa propre politique au Rwanda ? Certainement pas. Des télégrammes du Quai d’Orsay sont là pour prouver que les diplomates marchaient à l’unisson des ordres qui venaient de l’Elysée. Mais que François Mitterrand, ancien ministre de la France d’outre-mer, se soit de plus en plus appuyé sur « ses » généraux de l’infanterie de marine pour conduire une politique africaine d’un autre âge au coeur du continent, c’est certain.

Christian Quesnot quittera l’armée à sa sortie de l’Elysée, le 1er octobre 1995, anticipant de quatre ans sur sa retraite. On lui avait refusé le poste de chef d’état-major des armées.


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